Beyrouth après l’explosion: le rôle essentiel de la technologie

par | Avr 7, 2021 | Tales of Transformation

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Crédits photo: Croix-Rouge Libanaise

Au Liban, l’année 2020 a démarré sur fond de révolution continue, de crise économique, d’effondrement politique et de pandémie de Covid-19. La situation économique instable du pays et la hausse constante du nombre de cas de Covid-19 ont toutes deux constitué des facteurs importants aggravant l’instabilité financière dont souffre la majorité de la population. C’est dans ce contexte que, le 4 août 2020, le Liban a été frappé par une catastrophe inattendue qui l’a profondément ébranlé. Une quantité importante de nitrate d’ammonium stockée dans le port de Beyrouth a explosé, faisant plus de 200 morts et au moins 6 000 blessés, et causant des dommages aux habitations de plus de 80 000 familles1. « J’étais choqué, je n’arrivais à joindre personne car tous les réseaux téléphoniques étaient saturés », a déclaré Atta Durrani, l’ancien représentant de la Croix-Rouge néerlandaise au Liban qui se trouvait à sa résidence de Beyrouth au moment de l’explosion.



La réponse numérique

La Croix-Rouge libanaise a été l’un des nombreux premiers intervenants sur le terrain ; toutefois, elle avait besoin d’un soutien supplémentaire afin d’évaluer rapidement et efficacement les dégâts occasionnés, et d’atteindre l’ensemble des communautés nécessitant une aide d’urgence. « Personne n’était préparé à cette explosion », a affirmé Chahine Hamze, le responsable des technologies de l’information et de la communication à la Croix-Rouge libanaise, « nous n’étions équipés que pour réaliser des évaluations des dommages sur le terrain à petite échelle à l’aide du Système d’information géographique ». L’équipe de l’initiative « 510 » axée sur les données numériques de la Croix-Rouge néerlandaise, qui avait déjà apporté son soutien à la Croix-Rouge libanaise dans le cadre de la recherche des cas de Covid-19, a rapidement contacté Chahine Hamze le soir de l’explosion. Il fallait que des interventions d’urgence soient rapidement mises en place à Beyrouth, étant donné que « les résultats les plus importants peuvent être obtenus dans les premières 24 heures », a souligné Stefania Giodini, la cheffe des opérations menées dans le cadre de l’initiative 510. Cette initiative a permis d’établir une carte des zones endommagées à l’aide d’un outil automatique d’évaluation des dégâts utilisant l’imagerie satellite, qui donne un aperçu des toits des bâtiments endommagés, ainsi que des images permettant de visualiser les rues. « Une image satellite avant et après l’explosion nous a été envoyée, ce qui nous a aidés à évaluer l’ampleur des dégâts dans la zone », a expliqué Chahine Hamze, « mais nous devions déterminer les dommages à partir de la quantité de débris ». L’équipe de l’initiative 510, avec le soutien des volontaires basés au Liban et aux Pays-Bas, a pu analyser des images prises au moyen de téléphones dans les rues de la ville ravagée, et avec l’aide du service Mapillary, a été en mesure de fournir à la Croix-Rouge libanaise une vision globale de la zone touchée. Les volontaires se trouvant au Liban lui envoyaient les images pour que celles-ci soient ensuite observées, analysées et annotées en fonction du type de dommages (vitres cassées, dommages structurels, etc.) par les volontaires du service technique de l’initiative 510. À propos de ces activités, Jacopo Margutti, un scientifique de l’initiative 510 spécialiste des données a déclaré : « nous sommes parvenus à fournir l’évaluation des dommages dans les 24 heures suivant sa demande, ce qui a permis à la Croix-Rouge libanaise de se concentrer, pendant ce temps, sur la fourniture des secours d’urgence ».



Le rôle des données

La Croix-Rouge libanaise utilisait déjà des tableaux de bord analytiques et de visualisation dans le cadre de ses activités médico-sociales, de ses interventions de lutte contre le Covid-19 et de nombreuses autres initiatives déployées dans le pays. L’équipe de l’initiative 510 est parvenue à adapter ces plateformes de travail existantes afin d’y consigner les divers types de données recueillies sur l’explosion à Beyrouth. « L’initiative 510 nous a aidés à analyser les données que nous avions collectées dans le cadre de notre évaluation des besoins et nous a permis de mettre rapidement en place des programmes d’assistance de base en faveur des familles les plus vulnérables parmi la population touchée », a déclaré Chahine Hamze. L’utilisation des données joue un rôle à part entière dans la conception et la mise en œuvre de programmes sur mesure qui répondent aux besoins identifiés, bien qu’il faille constamment les adapter et les améliorer. La Croix-Rouge libanaise a fréquemment consulté les experts en responsabilité des données de l’initiative 510 sur les moyens de renforcer ses stratégies de protection et de sécurité des données, et a depuis « recours aux services d’un consultant qui nous aidera à améliorer et à appliquer nos réglementations en la matière, en plus d’accroître les capacités du personnel », a précisé Chahine Hamze, en évoquant le grand nombre de données traitées par la Croix-Rouge libanaise. Atta Durrani s’est également exprimé sur le sujet : « si la Croix-Rouge libanaise est efficace sur le plan des données, elle le sera dans ses interventions et elle conservera sa crédibilité ».



Quelles sont les prochaines étapes ?

La Croix-Rouge libanaise poursuit ses efforts visant à améliorer ses capacités numériques dans les domaines qui lui permettront de gagner en rapidité et en efficacité dans la mise en œuvre de ses interventions dans le contexte actuel de la pandémie de Covid-19, mais aussi dans l’ensemble de ses futures opérations. « Nous nous employons actuellement à améliorer nos opérations en nous fondant sur les données dont nous disposons, nous travaillons à un déploiement plus rapide des ambulances, ce qui fera l’objet d’un projet en collaboration avec l’initiative 510, et nous essayons de prévoir les capacités nécessaires et d’anticiper les besoins à partir de la salle des opérations », a répondu Chahine Hamze au sujet des activités à venir. « La Croix-Rouge libanaise œuvre sur tout le territoire et dans de multiples domaines », affirme Atta Durrani à propos des prochaines étapes que devra entreprendre la Croix-Rouge libanaise, « elle a besoin d’outils qui l’aident à se préparer à des crises multiples, étant donné qu’elle est le principal intervenant dans les diverses crises qui se produisent au Liban ». Selon Atta Durrani, l’élaboration d’un plan de préparation plus inclusif, compte tenu des conflits historiques auxquels le Liban fait face, en plus des données dont elle dispose sur les interventions et la réhabilitation, permettront à la Croix-Rouge libanaise de progresser et « d’intervenir en amont de toutes les crises, plutôt que d’y réagir ». Il a ensuite souligné une nouvelle fois le rôle essentiel joué par la Croix-Rouge libanaise sur le plan des données en déclarant que « les données sont un axe clé qui peut lui permettre de gagner en souplesse ». Neuf mois après l’explosion, la Croix-Rouge libanaise a réalisé plus de 50 000 évaluations en porte-à-porte, est venue en aide à plus de 200 000 personnes et poursuit la lutte contre la pandémie de Covid-19, avec plus de 15 000 missions achevées. À ce jour, l’initiative 510 continue de lui apporter son soutien dans le cadre de ses interventions de lutte contre le Covid-19 et travaille à ses côtés en vue d’élaborer de nouvelles solutions en matière de données et de numérique qui lui permettront d’optimiser la mise en œuvre de ses interventions pour que celles-ci soient plus efficaces à court et à long terme.





Notes de bas de page:

1 – Données extraites du site Web de la Croix-Rouge libanaise https://www.redcross.org.lb

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